Covid-19: Erreurs de communication

Chronique Covid-19
– Épisode 4/9 –

Dans la partie Une crise de l’information, j’ai évoqué la nature instable et contradictoire de certaines informations ainsi que la polarisation du débat entre « covido-anxieux » et « covido-sceptiques ». Dans cette partie, j’aimerai me focaliser davantage sur certaines erreurs de communication liées aux autorités et aux médias (mise en place de règles discutables, diffusion incessante de chiffres anxiogènes, cafouillage sur les masques).

Des règles parfois déconcertantes

Au-delà des facteurs qui expliquent la désinformation, force est de constater que les gouvernements ne font pas beaucoup d’efforts pour véritablement expliquer les choses. À la place, ils édictent des règles. Des règles qu’il faut respecter, souvent sous peine d’amende. Des règles qui ont parfois une pertinence sanitaire très indirecte.

Prenons par exemple l’interdiction de s’éloigner de plus d’un kilomètre de son domicile. C’est une règle étonnante car être à deux kilomètres de son domicile (ou même 50) n’augmente pas la probabilité de contracter ni de transmettre le virus. Ce qui l’augmente, c’est le nombre de personnes fréquentées, d’autant plus s’il s’agit de contacts rapprochés ou dans des espaces confinés.

Pour mettre en évidence l’absurdité de cette règle du 1 kilomètre, considérons deux cas de figure.

  1. Quelqu’un qui vit seul et s’éloigne de 10 kilomètres de son domicile pour aller voir chaque jour un ami ou un membre de sa famille. Si ce visiteur n’a pas (ou peu) d’autres contact sociaux, il ne prend là aucun risque. Pas plus que deux ou trois personnes qui vivent ensemble. Il apparaît donc terriblement injuste, voire franchement cruel, d’interdire à une personne qui vit seule d’avoir de tels contacts.
  2. Quelqu’un qui reste scrupuleusement à moins d’un kilomètre de son domicile, mais qui bavarde longuement chaque jour avec différentes personnes dans le voisinage, sans respect des distances ni port du masque. Dans un grand quartier, ce genre de comportement peut représenter un risque majeur de diffusion du virus. Mais la règle du 1 km ne rend pas cela évident.

Cette règle restreint donc drastiquement les libertés et n’attaque pas du tout le problème à la racine. Evidemment, on ne peut pas contrôler le nombre ni l’intensité des contacts de chaque citoyen. Alors on passe par un chemin détourné et on impose cette règle de la distance par rapport au domicile. C’est mieux que rien. Idem pour le couvre-feu. Mais il est fâcheux que de telles dérives autoritaires soient nécessaires.

Une politique de la peur?

Est-ce que les gens sont trop idiots, insubordonnés, inconscients? Certains d’entre nous le sont sans doute. Mais c’est une explication un peu facile. Est-ce que les gouvernements ont tout fait pour bien expliquer les situations à risque? On peut en douter. Au début de la pandémie, au printemps, il y avait éventuellement l’excuse du manque d’information sur les modes de transmission de la maladie. Ce n’était plus le cas cet été; ça l’est encore moins aujourd’hui.

Trop souvent, les gouvernements (et les médias) ont appuyé simultanément sur le frein et l’accélérateur. « Ayez peur de ce virus, car il est terrible! », mais pour autant « Ne cédez pas à la panique, car il faut continuer à fonctionner! » Les chiffres les plus en vue étaient toujours les plus préoccupants: nombre de patients hospitalisés, nombre de patients en réanimation, nombre de morts. Ces chiffres étaient répétés à l’envi, avec, dans de nombreux médias, une distance critique proche de zéro.

Pire, on montait en épingle des cas très improbables, du genre « le triathlète de 37 ans décédé du Covid ». Or, de tels cas sont d’une rareté absolue. Les mettre en avant, en insinuant que même les trentenaires sont à risque, relève de l’irresponsabilité; cela sème inutilement la peur. Entre février et juillet, dans le canton de Genève, par exemple, seules deux personnes entre 20 et 49 ans sont décédées du Covid (sur 28’800 ayant été en contact avec le virus dans cette tranche d’âge). 

Mais au-delà de la critique d’une politique de la peur (plus ou moins délibérée), quelques remarques me semblent importantes.  Tout d’abord, si les médias « proposent plus de peur », c’est simplement parce que la peur vend mieux. Nos esprits ont ce travers-là: tout ce qui est menaçant excite notre besoin d’information. Ainsi est le cerveau humain. Un gros titre qui fait peur et on veut en savoir plus, on clique, on achète. Un gros titre qui propose des explications, on passe notre chemin.

Serions-nous parvenus à mettre en place des mesures adéquates en ayant moins peur? Aurions-nous été capables d’être disciplinés sans avoir peur?

Cafouillage sur les masques

Dans un autre registre mais toujours dans la catégorie des problèmes de communication, nous avons aussi l’énorme cafouillage sur les masques. Entre les bons et les mauvais arguments des pour et des contre, pas évident de s’y retrouver.

On a su très tôt que ce virus était plus petit que les mailles d’un masque chirurgical standard. C’est peut-être une raison pour laquelle le port du masque n’était pas recommandé au début de la pandémie. Au-delà de cette raison plus ou moins plausible, personne n’est dupe: la principale raison, c’est qu’on n’en avait pas. Là, oui, on peut crier au scandale.

On a entendu aussi que le masque pouvait donner un faux sentiment de sécurité, voire qu’on ne saurait pas l’utiliser correctement. C’est un peu vexant; on a l’impression d’être pris pour des imbéciles. En même temps, force est de constater que beaucoup de gens portent leur masque n’importe comment… Mais c’est vrai aussi que pour porter un masque dans les règles de l’art, c’est en fait assez compliqué.

Courant 2020, surtout depuis l’été, des études ont toutefois montré que l’on n’avait pas forcément besoin de porter des masques FFP2 ou N95, ni d’avoir des gestes de pro pour les mettre et les enlever. Avec le recul, il est apparu que le masque, y compris le masque en tissu fait maison, c’est déjà bien mieux que rien. L’idée est simplement de diminuer la quantité de virus dans l’air ambiant, même si tout n’est pas impeccable comme dans un hôpital.

Maintenant, il faut admettre qu’on commence à constater des excès sur les recommandations de port du masque. L’obligation de le porter à l’extérieur devient croissante. Si cela peut se justifier dans des endroits très denses (comme un marché, par exemple), la probabilité de contracter le Covid-19 à l’extérieur est somme toute limitée.

Là où la densité de population est faible et les distances peuvent être respectée, il est quasiment inutile de porter le masque. Le risque de contracter le Covid est bien plus grand quand on parle avec ses amis sans masque que quand on croise des inconnus à l’extérieur le temps d’une ou deux secondes. (Je reviendrai sur ces questions dans la partie Enjeux sanitaires collectifs.)

Mieux expliquer les choses

Il semble urgent aujourd’hui de mieux expliquer les choses, de fournir de meilleures informations. Des informations plus claires et plus honnêtes, sans cacher les zones d’ombres et de doute des connaissances actuelles. Il faut également plus de transparence sur les critères qui poussent les gouvernements à prendre telle ou telle mesure.

En étant mieux informé, chacun pourra mieux comprendre les enjeux, les risques, les incertitudes; mieux accepter les règles, ainsi que les adapter à sa situation avec intelligence si nécessaire. En attaquant vraiment les véritables situations à risque de transmission, cela permet aussi de limiter le recours à des moyens moins pertinents ou plus désespérés (port du masque à l’extérieur, confinement, etc.).

Un des aspects centraux d’une meilleure communication est à mon avis de plus parler en termes de risque, d’une façon explicite et précise. Il me semble crucial de quantifier les risques associés au Covid-19 et de les comparer à d’autres risques, pour les mettre en perspective. Il importe également d’être transparent, sans être inutilement alarmiste. Au niveau individuel, cette approche est utile surtout pour contrecarrer les effets potentiellement dévastateurs de la peur excessive du virus, qui mène à l’anxiété, à la solitude, au désespoir. L’isolement extrême peut tuer également.

Lire la suite, Covid-19: Risques individuels

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