Covid-19: Risques individuels

Chronique Covid-19
– Épisode 5/9 –

Regardons maintenant de plus près quels sont les risques individuels associés au Covid. Ces risques ne disent certes pas grand-chose sur les enjeux collectifs. Le but, évidemment, n’est pas ici de dire qu’on peut faire ce qu’on veut parce qu’on ne risque pas grand-chose. Il convient néanmoins de relativiser les risques liés au Covid; la mort n’est pas à tous les coins de rue. 

Risques de contracter le Covid

Tout d’abord, quels sont les risques de contracter la maladie? Pour répondre à cette question, le chiffre crucial est celui du nombre de personnes susceptibles de transmettre le Covid à un moment donné. Pour toute personne, le risque de contracter la maladie est étroitement associé à la probabilité d’interagir avec une personne contagieuse. Le nombre de personnes contagieuses est représenté par l’incidence de la maladie, qui correspond aux « nouveaux cas Covid » au cours d’une période donnée, par exemple lors des deux dernières semaines.

La proportion de personnes contagieuses varie entre 0.01% quand l’incidence est faible à 1% quand le virus circule beaucoup (voire 2% dans des cas assez extrêmes comme le canton de Genève en novembre). Pour simplifier la suite de cette discussion, on va admettre que le risque de base d’interagir avec une personne contagieuse est de l’ordre de 0.1%, avec des fluctuations qui peuvent être assez importantes et qui ne dépendent pas que de l’incidence de la maladie.

En effet, le risque de contracter la maladie dépend d’autres paramètres clés, en particulier du nombre de personnes différentes que l’on fréquente et du respect ou non des gestes barrières. Si vous fréquentez beaucoup de monde sans protection, le risque est évidemment démultiplié; il peut facilement monter à 10% ou plus. Il est en revanche quasi nul si vous voyez peu de monde, portez le masque quand c’est indiqué et, d’une manière générale, évitez les situations à risque.

Je reviendrai plus loin sur la notion de « situation à risque » avec plus de précision, car il est indispensable d’être au clair sur ce point, qui n’est pas évident. Pour l’instant, notons simplement qu’une personne qui est raisonnablement prudente divise au moins par 10 le risque de contracter la maladie par rapport à une personne qui ne prend aucune précaution.

Comme nous n’avons pas toujours une très bonne intuition de ce que représente ce genre de probabilité, prenons un instant pour rendre ces chiffres plus tangibles. Pour ce faire, considérons quelques exemples de probabilités basées sur des lancers de pièce successifs (pile ou face).

  • Une probabilité de 25% correspond à la probabilité de réaliser deux côtés pile successifs sur deux lancers de pièce. C’est ce que qu’on pourrait appeler un évènement probable. Essayez de le faire, il y a de bonnes chances que cela vous arrive.
  • Une probabilité de 3% correspond (environ) à cinq côtés pile successifs sur cinq lancers. C’est ce que qu’on peut appeler un événement assez peu probable, même si dans bien des situations, il s’agit d’un risque qui n’est pas négligeable pour autant.
  • Une probabilité de 0.1% correspond (environ) à dix côtés pile successifs sur dix lancés. C’est ce que qu’on peut appeler un événement peu probable voire très peu probable. Ce n’est pas une probabilité absolument infime, évidemment, mais quand même très faible.

On peut donc conclure que, pour une personne raisonnablement prudente, le risque de contracter le Covid se situe quelque part entre très faible (0.1%) et extrêmement faible (beaucoup moins que 0.1%). Bien sûr, pour que ces chiffres tiennent, il faut être prudent d’une façon parfaitement systématique et rigoureuse.

Une seule imprudence dans une situation à risque élevé et on peut se retrouver instantanément avec une probabilité de contracter la maladie de l’ordre de 10% ou plus. Ce n’est pas comme dans un régime: on ne peut pas permettre un petit écart de temps en temps!

Risques de faire un Covid-19 grave

Maintenant que nous avons examiné les risques de contracter la maladie, voyons les risques de contracter une forme grave du Covid. Il s’agit donc d’un risque différent, qui suppose que vous avez déjà, en premier lieu, eu la malchance d’attraper la maladie. Par conséquent, les risques discutés ci-dessous représentent les risques parmi les personnes malades, pas parmi la population générale.

Ces risques sont résumés dans le tableau 1 ci-dessous. Attention, ces chiffres sont approximatifs et simplifiés. J’ai essayé de trouver des chiffres exacts dans la littérature avec un découpage de ce genre, mais sans succès. J’ai donc synthétisé différentes estimations éparses. Ces informations sont amenées à se préciser à mesure que la maladie est mieux documentée. (Merci de me contacter si vous avez des informations complémentaires.)

Tableau 1. Risques de Covid grave
(parmi les personnes malades)

  ComplicationsDécès
Moins de 40 ans (et bien portant)1% 0.01%
40-65 ans (et bien portant)5%0.1%
Plus de 65 ans OU malades chroniques10%5%
Plus de 65 ans ET malades chroniques20-40%10-20%

Je précise également que la colonne « hospitalisation ou complication », qui a été construite pour des raisons de simplicité, recouvre en fait des réalités cliniques assez différentes. En effet, l’hospitalisation peut être relativement légère et se limiter à une oxygénothérapie, mais il existe également de nombreuses complications liées au Covid, tels que des risques de lésions aux poumons ou à d’autres organes, ainsi que différentes complications à plus ou moins long terme (fatigue persistante, par exemple). La fréquence et la durée de ces complications à long terme sont relativement difficiles à estimer à ce jour, car on manque encore de recul. En tous cas, les complications graves à long terme sont plutôt de l’ordre de 5% que de 50%.

Au-delà de toutes les difficultés de synthèse et d’estimation, l’essentiel du message est finalement assez simple. Ce qui saute aux yeux en premier lieu, c’est que les risques dépendent considérablement des tranches d’âges et de la présence ou non de comorbidités. Chez les personnes de moins de 40 ans et en bonne santé, les risques sont presque négligeables. Chez les personnes de 40 à 65 ans, le virus représente un risque qui peut être qualifié de faible.

Chez les personnes de plus de 65 ans ou souffrant de maladie chronique (diabète, maladie cardiaque ou obésité) le risque est modéré à fort. Chez les personnes âgées souffrant de maladies chroniques, le risque est très important. Soulignons encore ici que la majorité des personnes décédées du Covid (plus de 80%) souffraient d’une maladie préexistante. Au-delà de l’âge, le vrai facteur déterminant est donc essentiellement l’état de santé général.

Mais attention: les estimations proposées ici ne sont valables que si le système de santé peut fonctionner normalement. Si ce n’est pas le cas, il y aura explosion de tous les risques, non seulement ceux qui sont associés au Covid, mais aussi ceux qui sont associés à n’importe quelle autre cause de maladie ou d’accident.

Un système de santé débordé ne pourra pas assurer les services habituels. Toutes les prises en charge seront moins bonnes. Sur quelques semaines, c’est tolérable, mais si c’est sur des mois, c’est désastreux pour tous les types de soin. Il est donc impératif d’avoir une organisation collective permettant de garder la pandémie sous contrôle.

Débats sur le taux de létalité

Certaines voix soutiennent parfois que le nombre de morts du Covid est surestimé, que plusieurs personnes ne sont pas mortes du Covid mais avec le Covid, sous-entendu « morts d’une autre cause (par exemple le diabète), tout en ayant le Covid ». À certains égards, c’est une question véritablement difficile. Mais il ne faut pas pousser trop loin cet argument du « mort avec ». Si demain vous mourez écrasé par une voiture parce que vous étiez trop lent à traverser à cause d’un problème au genou, ce serait quand même un peu fort de conclure que c’est le problème au genou qui vous a tué et pas la voiture…

On entend aussi parfois qu’il y a beaucoup de cas asymptomatiques qui n’ont pas été testés et que, de ce fait, la létalité du Covid est fortement exagérée. Certes, de nombreux cas asymptomatiques n’ont pas été testés. Mais parmi les personnes décédées au cours de cette année, beaucoup n’ont pas été testés non plus. En tous cas, les chiffres qui représentent la surmortalité montrent qu’en mars-avril 2020, la plupart des pays d’Europe ont déploré au moins 50% de morts en plus qu’à la même période les années précédentes. Ces chiffres sont similaires (ou bien pires) pour bon nombre d’autres pays du monde. Le Covid tue, c’est certain; les morts ne sont pas surestimés.

Implications de ces chiffres

Il faut reconnaître toutefois que la plupart des chiffres discutés jusqu’ici ont souffert d’un considérable effet d’amplification. La couverture médiatique, le décompte des nouveaux cas, des personnes en soins intensifs, des morts, ainsi que les annonces de confinement agissent tous comme des amplificateurs. Plus on en parle, plus on a l’impression que c’est grave, alors qu’évidemment, les deux choses n’ont rien à voir.

Pour ne rien arranger, les chiffres relativement rassurants présentés ici sont assez difficiles à trouver. On trouve beaucoup plus souvent des effectifs que des pourcentages. Quand on voit « 2’000 » morts, évidemment, ça fait plus peur que 0.01%. De plus, n’oublions pas qu’un risque de « 0.01% que ça se passe mal » implique, par symétrie, une probabilité de « 99.99% que tout se passe bien ». Or, on ne voit quasiment jamais les chiffres présentés sous cet angle.

En voyant ces chiffres, qui sont en grande partie rassurants, on comprend pourquoi certaines personnes affirment qu’il faut garder la tête froide et ne pas céder à la panique. Il semble important d’insister sur ces chiffres afin de diminuer l’anxiété de certaines personnes, en particulier celles qui sont en bonne santé. Évidemment, ces personnes doivent être prudentes pour des raisons collectives, mais il est fâcheux qu’elles soient tétanisées par la peur et n’osent pas sortir de chez elles à cause d’une perception erronée de la dangerosité du virus.

On peut comprendre aussi pourquoi la majorité des jeunes n’a pas peur de ce virus. Le virus est très peu dangereux pour eux. De plus, la vie sociale est particulièrement essentielle à leur âge. En ne sortant pas de chez eux, les jeunes ont donc aussi plus à perdre que les personnes plus âgées. Il est important de reconnaître l’effort que l’on demande à cette population de consentir. Quelque part, ce sont ceux qui risquent le moins qui doivent sacrifier le plus. Ce sont les jeunes également qui paieront la dette que nos sociétés sont en train de contracter actuellement.

Soulignons aussi que les enfants souffrent peu du Covid. Ils sont également des vecteurs limités de la transmission de la maladie. Les risques liés aux enfants de moins de 6 ans (voire jusqu’à 12 ans) sont très faibles. Il convient donc d’adapter les mesures en proportion et de ne pas priver exagérément les enfants de vie sociale.

Enfin, on peut comprendre aussi pourquoi certaines voix suggèrent de protéger les personnes à risque et de laisser les autres vivre leur vie. En elles-mêmes, ces idées ne sont pas complotistes ou excessives. Il y a des difficultés cachées sur lesquelles je reviendrai, mais aucune n’est diabolique ou complètement irresponsable. Il y a effectivement du bon sens derrière l’idée de vouloir protéger uniquement les plus vulnérables.

Lire la suite, Covid-19: Enjeux sanitaires collectifs

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