Covid-19: Incertitudes et prévisions


Chronique Covid-19
– Épisode 3/9 –

Dans l’hémisphère Nord, les perspectives pour cet hiver sont très mauvaises. Les perspectives pour 2021 sont très incertaines. On peut espérer une accalmie pendant l’été, mais les grands regroupements, même en extérieur, seront encore sans doute impossibles. Quant à l’automne 2021, il ressemblera probablement plus à celui que nous vivons actuellement qu’à ceux de la période pré-Covid.

Par extension, les perspectives à moyen-terme (2022, 2023) sont également, à ce stade, encore incertaines. Cela dépendra en particulier des éventuelles améliorations dans les traitements et/ou du succès d’un plan de vaccination à grand échelle. À cet égard, les nouvelles récentes sont plutôt encourageantes, mais les défis logistiques restent nombreux.

99 nuances d’incertitude

Pour l’instant il existe encore un très grand nombre d’inconnues. C’est le problème depuis le début de cette crise: l’incertitude.

Toutefois, l’information scientifique disponible permet d’esquisser des scénarios plus ou moins plausibles. Évidemment, aucune prévision n’est garantie à 100%. Néanmoins, un scénario à 99% de chances génère beaucoup moins d’incertitude qu’un scénario à 50% de chances. À 50/50, on ne sait pas trop à quoi s’attendre; à 99/1 les choses semblent relativement prévisibles, même si une marge d’erreur demeure.

Pour réduire l’incertitude, il est donc judicieux de voir quels sont les scénarios les plus probables. Dès le printemps, la plupart des experts et des modèles s’accordaient à dire que ce virus allait circuler encore longtemps et poser de nombreux problèmes à nos sociétés. La seconde vague était annoncée comme quasi inévitable par de nombreuses sources différentes. Ces prévisions ont été confirmées en été.

Ces prévisions sont celles qui faisaient consensus, celles qui décrivaient le scénario le plus probable. Ce qui se passe cet automne en Europe confirme clairement leur validité. Raoult tient d’ailleurs un discours stupéfiant à l’égard de tous ces efforts de prévisions. Sous prétexte « qu’on ne peut jamais être sûr de rien », il fait preuve d’un scepticisme totalement disproportionné. Macron exagère aussi en disant pour justifier le 2ème confinement que la deuxième vague a surpris tout le monde.

Logique des prévisions à moyen terme

Le raisonnement derrière ces prévisions est pourtant assez simple.

  1. On connait la contagiosité du virus, c’est le R0 ou taux de reproduction du virus. Le Covid a un R0 autour de 2, ce qui signifie qu’une personne infectée contamine en moyenne 2 autres personnes.
  2. Etant donné ce degré de contagiosité, l’épidémiologie nous dit qu’il faudrait qu’environ 60% de la population soit immunisée afin que la circulation du virus ralentisse vraiment et cesse de menacer les systèmes de santé.
  3. Cette immunité ne peut se faire qu’en ayant contracté la maladie et survécu. Or, en Europe, au début de l’été, les études de séroprévalence indiquaient qu’à peine quelques pourcents de la population avaient contracté la maladie (entre 5% et 15%, selon les régions).
  4. Par conséquent, au début de l’automne, le potentiel d’infection restait énorme; à peine 10% des gens étaient immunisés, ce qui est très loin des 60% requis pour ralentir le virus. En d’autres termes, 90% des gens étaient susceptibles de contracter la maladie. La probabilité d’une circulation rapide et dévastatrice du virus était donc très élevée.

Dans les mois à venir, même avec la seconde vague, on sera sans doute encore loin des 60% d’immunisés. Le dilemme s’incarne donc dans deux stratégies opposées, entre lesquelles il faut tâcher de trouver un équilibre.

  • Soit on « aplatit la vague » (ou les vagues) assez fortement avec diverses mesures sanitaires, on limite donc les dégâts du virus en évitant la saturation des hôpitaux, mais on s’engage alors dans un combat de longue haleine.
  • Soit on « laisse circuler » le virus assez librement pour attendre plus vite l’immunité de 60%, mais si cela est fait en quelques mois, cette stratégie se fera au prix d’un désastre sanitaire, qui se compterait, pour un pays comme la France, en centaines de milliers de morts.

Ainsi, il est probable que l’année 2021 ressemble beaucoup à l’année 2020. Les mesures sanitaires seront sans doute encore nombreuses.

Incertitudes sur les traitements

En ce qui concerne les traitements, il y a eu bon nombre de scandales, de controverses et de faux espoirs. Il y a eu controverse sur l’hydroxychloroquine. Solution bon marché selon certains; traitement inefficace et dangereux selon d’autres. Il y a eu controverse sur le Remdisivir. Médicament sophistiqué et prometteur selon certains; traitement cher, inefficace et dangereux selon d’autres.

Pendant des mois, l’actualité nous a baladé entre Raoult, le consensus scientifique et les études foireuses. À noter que ces dernières venaient des deux camps. Il y a eu le « Lancet Gate », bien sûr, mais Raoult a lui aussi publié bon nombre d’études très faibles méthodologiquement, en se justifiant qu’il fallait traiter l’urgence, qu’on n’avait pas le loisir de faire des études plus solides…

Ensuite, certains pays dont la France ont interdit l’hydroxychloroquine, alors que ce médicament était en vente libre depuis des années. On peut trouver ça bizarre. Ou pas. Étant donné le contexte de peur, d’agitation et de désespoir, on peut comprendre que les autorités sanitaires aient redouté une ruée déraisonnable et dangereuse sur ce médicament. Ce qui reste difficile à comprendre en revanche, c’est l’interdiction totale de cette molécule (interdiction aux médecins de la prescrire, interruption de certains essais cliniques destinés à tester son efficacité).

Quoi qu’il en soit, au-delà des toutes ces controverses, la conclusion à l’heure actuelle est qu’aucun de ces traitements ne fonctionnent. L’information a été difficile à obtenir, mais on peut admettre que maintenant nous l’avons. Cette conclusion est probablement définitive. Un retournement de situation radical semble très peu probable. Pour l’instant, le seul traitement qui a fait ses preuves est celui à base de corticostéroïdes, uniquement contre les formes graves de la maladie. Ce n’est clairement pas une panacée.

Il n’y a donc pas à ce jour de traitement miracle, ni même de traitement spécifique vraiment efficace. (Je reviendrai plus loin sur la question des vaccins, en particulier dans la partie Exigences irréconciliables.)

Un peu d’espoir, et quelques efforts

Malgré tout, à terme, on peut raisonnablement espérer que les choses s’amélioreront peu à peu. On va de mieux en mieux comprendre ce virus, ses modes de transmission, sa saisonnalité. On va améliorer et alléger les procédures de test; on va sans doute utiliser plus de tests rapides; on arrivera mieux à casser les chaînes de transmission. On va de mieux en mieux réussir à traiter les patients Covid; on peut même espérer un vaccin dès 2021.

L’horizon n’est pas bouché pour toujours, mais il n’y aura probablement pas de panacée en 2021. On va devoir s’adapter en tant que société, apprendre quels sont les comportements à risque en termes de transmission, et modifier nos habitudes de vie en conséquence. À cet égard, nous ne sommes pas encore au point. Il va falloir faire des efforts supplémentaires, apprendre à vivre avec de nouvelles contraintes.

Évidemment, pour l’instant, on n’a pas encore très envie de s’y mettre. On rêve encore d’une solution miracle. Mais la solution à cette crise consistera sans doute en un faisceau de stratégies. Les changements de comportement seront probablement un des piliers de cette lutte, à côté d’autres éléments de solution (traitements, vaccins, tests, traçage, etc.). Pour encourager ces changements, il est certainement utile d’améliorer la diffusion de l’information scientifique et, plus généralement, d’améliorer la qualité de la communication.

Lire la suite, Covid-19: Erreurs de communication

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