Covid-19: Exigences irréconciliables

Chronique Covid-19
– Épisode 7/9 –

Dans cette partie, j’aborderai d’abord les questions liées aux vaccins contre le Covid-19. Est-ce que le vaccin est vraiment la solution facile, rapide et définitive? Faut-il l’accueillir à bras ouverts? Ce vaccin a-t-il été développé trop vite pour être fiable? Faut-il refuser de se faire vacciner? Comment peut-on évaluer les risques?

J’aborderai ensuite l’opposition plus générale qui se joue entre liberté et sécurité. Ce dilemme est un classique dans toutes les démocraties, mais il atteint un paroxysme dans la crise du Covid. Peut-on trouver un compromis acceptable entre sécurité et liberté? Ou sommes-nous voués à ne rien vouloir lâcher, ni sur l’une ni sur l’autre?

Promesses et difficultés liées au vaccin

Le vaccin, c’est la lumière au bout du tunnel. Pour autant, rien n’est gagné d’avance. Même un vaccin très efficace qui commencera à être fabriqué fin 2020 ne constituera pas une panacée pour 2021. On peut se permettre d’être optimiste, mais gare à l’excès d’enthousiasme. Il semble certes qu’un vaccin sera bien disponible pour 2021; il y a de nombreux candidats en lice dont deux ou trois sont déjà très prometteurs. Mais beaucoup de questions demeurent.

Quand ce vaccin sera-t-il disponible exactement? Comment relever tous les défis logistiques? Le vaccin sera-t-il produit et distribué en quantité suffisante? En combien de temps et à quel prix? Qui en bénéficiera en premier? Sera-t-il vraiment efficace pour les personnes à risque? Combien de mois seront nécessaires pour atteindre l’immunité de groupe? Combien de temps durera cette immunité? Quelle proportion de personnes acceptera de se faire vacciner?

En 2021, il est probable qu’on doive encore mettre en place tout un ensemble de stratégies pour lutter contre le virus. On n’atteindra jamais 50% de vaccinés en juin et 90% en septembre. Ces chiffres ne sont peut-être même pas réalistes pour 2022. Pour l’automne 2021, une couverture de 50% sera déjà exceptionnelle. Le vaccin permettra sans doute d’alléger plusieurs mesures, mais les choses ne seront pas pour autant revenues à la normale.

Quid des antivax?

Dans les mois à venir, il faut s’attendre aussi à une augmentation du nombre de ceux qu’on appelle les « antivax ». Il y a, parmi les gens que l’on peut considérer comme tels, un degré de mauvaise foi et de désinformation qui est parfois effarant. Mon objectif ici n’est pas de chercher à « récupérer » ceux qui font partie de cette mouvance. J’aimerais plutôt tâcher de répondre à une autre question: Comment faire pour éviter que de plus en plus de gens y soient happés ?

Petite anecdote. Après la naissance de ma première fille, on m’a proposé un vaccin contre la grippe à l’hôpital. J’avais entendu dire que l’efficacité de ce vaccin n’était pas très bonne, qu’il pouvait y avoir des effets secondaires. Je pose donc ces questions au médecin. Celui-ci, au lieu de répondre à mes interrogations, commence à me sermonner. Il me parle des ravages de la polio en Afrique, il me dépeint ce que serait un monde sans vaccins, peuplé d’enfants morts et infirmes. (J’exagère à peine.)

Ce genre de réaction est sans doute exactement ce qu’il faut éviter. J’ai été assez franchement vexé par la réponse mal à propos de ce médecin. J’imagine ce que peuvent ressentir d’autres personnes, peut-être moins au clair sur les vaccins, à qui l’on tient ce genre de discours. On leur explique, avec une belle assurance fortement teintée de condescendance, qu’ils n’ont rien compris, que tous les vaccins sauvent et qu’il faut les prendre sans discuter. On est à limite de laisser entendre qu’ils sont idiots. 

Quand on prend quelqu’un de haut (ou carrément pour un idiot), on peut être sûr qu’il ne va pas revenir pour en redemander. En étant trop catégorique et cassant, on pousse les « vaccino-hésitants », ceux qui se posent des questions légitimes, dans les bras des antivax. Ces derniers accueilleront les questionnements des premiers à bras ouverts. Les « vaccino-hésitants » deviendront peu à peu antivax, le dialogue avec les scientifiques deviendra de plus en plus difficile et tendu, puis irrémédiablement impossible.

Le juste degré de précaution

En ce qui concerne le vaccin contre le Covid, force est d’admettre que, vu la vitesse à laquelle sont allées les choses, tout n’est pas forcément très rassurant. L’industrie pharmaceutique prévoit déjà de se décharger de toute responsabilité sur les éventuels effets secondaires à long terme. Il est possible qu’aucune compagnie d’assurance n’accepte de couvrir ces risques et que les états doivent assumer cette couverture.

Tout le monde en a assez, tout le monde veut que cette crise cesse. On ne veut plus de confinement, on ne veut plus de privation de liberté, on veut une solution. Le vaccin pourrait en être une. À voir les résultats très prometteurs annoncés dans le courant de novembre, le vaccin pourrait être une très bonne solution. Les risques seront peut-être extrêmement faibles. Mais peut-être que certains ne toléreront même pas des risques infimes!

Le défi est donc double. Tout d’abord, il faut réussir à écouter les craintes modérées et à mon avis assez justifiées vis-à-vis des vaccins contre le Covid-19. Mais si les réponses sont satisfaisantes et les risques manifestement très faibles, il faudra avoir le courage de franchir le pas et utiliser alors ces vaccins.

Évidemment, il serait scandaleux de lancer un plan de vaccination à grande échelle qui mène dans de nombreux cas à de graves complications sur le long terme. Mais il serait fâcheux que toute la société subisse des années de semi-confinement par crainte d’effets secondaires potentiellement dérisoires. Encore une fois, pour résoudre cet éventuel dilemme, il faudra des chiffres clairs, des informations fiables et une bonne communication.

Dilemme entre liberté et sécurité 

Les questions et débats liés au vaccin ne sont finalement qu’une manifestation possible d’un débat plus large, celui entre liberté et sécurité. Les questions difficiles issues du dilemme liberté-sécurité sont à l’origine de la plupart des divisions au cœur de la crise du Covid. Les gens se crispent et se révoltent aussi bien quand on touche à leur liberté qu’à leur sécurité. Il n’est pas acceptable que la liberté des uns menace la sécurité des autres, et vice versa.

Certaines personnes refusent de porter le masque et soutiennent que c’est un choix personnel, pour préserver leur liberté. « Que ceux qui ont peur portent le masque et que les autres fassent ce qu’ils veulent! » Ce n’est pas si simple, car le masque n’est pas une protection absolue, c’est juste un moyen diminuer le risque de contamination. La protection absolue, c’est la combinaison intégrale avec un appareil respiratoire intégré. Il est donc assez indécent d’exiger que le reste du monde porte ce genre de combinaison sous prétexte que le port du masque est une atteinte à la liberté.

D’un autre côté, jusqu’où peut s’endetter un État pour limiter les dégâts de cette pandémie? Quel est le coût économique et social d’un confinement (ou d’un semi-confinement)? Combien de personnes peut-on sauver avec telle ou telle stratégie?  Comment estimer tous ces chiffres de façon fiable? Comment estimer les conséquences sur le long terme? Comment comparer des cotisations de chômage avec des années d’espérance de vie?

Confiner ou laisser circuler?

Les déchirements sur les meilleures stratégies pour gérer cette crise sanitaire sont au cœur du dilemme entre liberté et sécurité. Confiner et protéger? Ou laisser circuler avec quelques petits aménagements? À propos de ces deux extrêmes, on a aussi entendu tout et son contraire.

Le confinement n’est certes pas une stratégie idéale, surtout lorsqu’il s’accompagne de mesures très liberticides et répressives. Pour autant, dire qu’il ne sert à rien est inexact. Limiter la taille des rassemblements et le brassage des populations permet clairement de ralentir la circulation du virus. Il est en revanche inutile et injustifiable d’interdire aux gens de sortir plus d’une heure par jour ou de s’éloigner de plus d’un kilomètre de leur domicile. Sur ce point, l’indignation est compréhensible et justifiée.

Ce sont d’ailleurs certainement ces excès de privation de liberté qui mènent à l’autre extrême: l’idée selon laquelle il faudrait simplement laisser circuler le virus en vue d’atteindre l’immunité collective. Cette idée est séduisante en principe, mais elle serait très difficile en pratique. Si on laisse circuler le virus, la prévalence de la maladie risque de monter très haut et très vite, avec peut-être à 20 ou 30% de la population générale qui tomberait malades en quelques mois.

Les hôpitaux seraient débordés rien qu’avec les complications Covid des personnes peu à risque (qui nécessite malgré tout une hospitalisation dans 5 à 10% des cas). Sans parler des personnes à risque qu’il faudrait enfermer chez elles pendant plusieurs mois, puisque les hôpitaux ne pourraient pas du tout les prendre en charge. Le virus serait très difficile à éviter pour elles. En plus, de nombreux autres soins seraient rendu impossibles dans de telles circonstances. Au final, les morts se compteraient par centaines de milliers.

En lien avec tout ça, rappelons que la situation en Suède n’est pas si idyllique qu’on veut parfois nous le faire croire. Même s’il n’y a pas eu de confinement strict, de nombreuses mesures ont été prises, comme l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes. Le télétravail et la distanciation sociale ont aussi été fortement encouragés. La vie n’a donc pas continué comme avant, loin de là. En plus, le nombre de morts dans ce pays est très important. Rapporté à la taille de la population, la Suède a une mortalité liée au Covid pire que celle de la France ou de l’Espagne, par exemple.

Il est donc impératif de trouver un juste milieu entre ralentir le virus (si possible sans confinement) et le laisser circuler librement. En confinant, on a tendance à trop privilégier la sécurité au détriment de la liberté. En le laissant circuler, on a tendance à trop privilégier la liberté au détriment de la sécurité. Un juste milieu est-il possible? Ou sera-t-on toujours insatisfait car on ne veut sacrifier ni liberté ni sécurité?

Lire la suite: Covid-19: Questions systémiques

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